Mgr Pierre DENAUT

10. Mgr Pierre Denaut
Dachowski Photography ©AAQ

Mgr DENAUT (1743-1806)
Coadjuteur, 1794
10e évêque de Québec, 1797-1806


NOTICE: Jean LeBlanc, Dictionnaire biographique des évêques catholiques du Canada : les diocèses catholiques canadiens des Églises latine et orientales et leurs évêques : repères chronologiques et biographiques 1658-2012, Montréal, Wilson & Lafleur, 2e éd., 2012, pp. 430-432.
Avec l’aimable autorisation de la Maison d’édition, 17 mai 2019.


Né le 20 juillet 1743 à Montréal, 7e fils d’un maçon prospère et petit-fils d’un immigré originaire de la province française du Maine, il fit ses études à l’école latine des Sulpiciens puis en 1758 au séminaire de Québec, et retourna à Montréal en 1759, à cause de la guerre, pour faire sa philosophie et sa théologie, remplissant en même temps les fonctions de secrétaire auprès des grands vicaires Montgolfier et Marchand. Revenu à Québec en 1766, il y reçut en deux mois tous les ordres mineurs et majeurs, et fut ordonné prêtre le 25 janvier 1767 à St-Pierre de l’Île d’Orléans par Mgr Briand, évêque de Québec. Il fut nommé le 2 mars curé des Cèdres de Soulanges (1767-1789, où il fit preuve de loyauté à la Couronne lors de l’invasion américaine de 1775), desservant pour un temps d’autres paroisses : Vaudreuil (1773- 1775) et Île-Perrot (1786-1787). Archiprêtre en 1788, il fut transféré à St-Antoine de Longueuil le 25 octobre 1789, où il fonda une école primaire. Il conservera cette cure et y résidera jusqu’à sa mort, sans doute pour plusieurs raisons : attachement à sa paroisse, d’autant plus que l’évêque avait à cette époque besoin des revenus d’une cure pour subsister ; souci de tranquillité ; présence d’un évêque dans le district de Montréal pour préparer graduellement l’opinion à une division du diocèse. Il y assura en 1790 la desserte de Boucherville et devint, de 1790 à 1795, vicaire général.

Le gouverneur, Lord Dorchester, ayant approuvé en mai 1794 le choix (parmi trois noms soumis par ce dernier) fait par Mgr Hubert pour la coadjutorerie, il fut élu le 30 septembre 1794 (selon un décret de la Propagande approuvé par le pape le 11) évêque titulaire de Canatha et coadjuteur de Québec (le précédent coadju­teur, Mgr Bailly de Messein, étant décédé le 20 mai), et fut sacré le 29 juin 1795 dans l’église Notre-Dame de Montréal par Mgr Hubert, évêque de Québec, assisté de deux prêtres, Philippe Desjardins, vicaire général, et Jean-Baptiste Poujet, curé de Berthierville. Devenu dixième évêque de Québec le 1er septembre 1797 par la démission de Mgr Hubert, il prit possession de son siège le 4 septembre, et sollicita immédiatement de Rome un coadjuteur en la personne de Mgr Plessis (qui ne sera sacré que quatre ans plus tard). Il mourut dans son presbytère de Longueuil, après une brève maladie, le 17 janvier 1806 et fut inhumé le 20 dans l’église de sa paroisse. Son corps fut transféré en 1886 dans l’église actuelle. Mgr Plessis publia lors de son décès une lettre circulaire « dans la douleur amère où nous plonge la mort affligeante autant qu’inattendue de notre cher et digne évêque… ».

Humble, timide, distant autant que solitaire (mais sans doute moins qu’on ne l’a dit, puisque curé il visitait chaque semaine un rang de sa paroisse), prudent, peu ambitieux, d’une certaine culture (il possédait une bibliothèque d’une centaine de titres), ce fut avant tout un pasteur (on lui reprocha même de faire passer les affaires de Longueuil avant celles du diocèse), qui travailla à rétablir la discipline du clergé (en particulier celle des Récollets), et raffermir les communautés reli­gieuses. Il pratiqua vis-à-vis du gouvernement une politique de résistance passive, n’entreprit pas de grands projets, et laissa à son coadjuteur, Mgr Plessis, le dossier des relations avec les autorités civiles, ne se réservant généralement que les questions les plus importantes à ses yeux, comme les nominations aux cures, dont il envoyait un rapport annuel au gouverneur. Il lui coûtait de chercher au-delà de la tolérance la reconnaissance civile, craignant que les autorités n’en profitent pour s’emparer de la nomination aux cures et de l’instruction publique, et c’est pourquoi il se repentit vite d’avoir signé en 1805, sous l’insistance de Mgr Plessis et dans une confiance naïve au gouverneur, une pétition au roi quémandant cette reconnaissance, parce que justement un tel document pouvait confirmer le gou­vernement dans sa prétention de domination de l’Église.

Il s’était opposé à l’Institution royale de 1801 – tentative d’établir un système scolaire au niveau primaire –, y voyant une action étatique d’inspiration protes­tante. Il fut aussi l’un de ceux qui interprétèrent la Conquête, à la suite de la Révolution française, comme un acte providentiel protégeant une Nouvelle-France déjà idéalisée (« terre des saints ») contre les forces antichrétiennes. Il fut soucieux de connaître son diocèse, et entreprit à cet effet de longues visites pastorales (Haut-Canada jusqu’à Kingston et Detroit en 1801, St-Raphaël en 1802, Acadie (soit les trois provinces maritimes, incluant le Cap-Breton, visite durant laquelle il confirma près de 9,000 personnes), de mai à octobre 1803. C’est alors qu’il s’employa à Halifax à enrayer l’apparition du trusteeism, par lequel, sous l’influence protes­tante (congrégationalisme) et par désir de se conformer aux normes locales prévalentes pour se faire accepter socialement, les laïcs catholiques réclamaient la participation à la gestion des paroisses. Il fut le fondateur avec l’abbé Brassard du séminaire de Nicolet en 1803, et contribua à la construction de celui de Montréal en 1804. Il avait au cours de son épiscopat ordonné 37 prêtres, mais le diocèse ne comptait encore en 1805 que 186 prêtres séculiers (dont 17 consacrés à l’enseignement) pour plus de 200,000 fidèles ; il établit aussi une caisse ecclésiastique pour secourir les prêtres malades ou infirmes. Et s’il ne déploya pas le même zèle que son prédécesseur à l’égard de l’émigration des prêtres français, réfugiés en Angleterre au moment de la Révolution, c’est sans doute parce qu’il savait que la plupart de ces ecclésiastiques n’attendraient que l’heure propice pour rentrer en France, d’autant plus qu’avec les relations tendues entre le Canada et les États-Unis et l’agitation républicaine en Grande-Bretagne, le gouvernement se montrait moins empressé que par le passé à accueillir des personnes susceptibles de revivifier les liens entre le Canada et la France. En revanche, il favorisa la venue de prêtres écossais. C’est sous son épiscopat que mourut le dernier Jésuite.

Devise : aucune ; devise et armoiries données par ARC 94 sont celles du diocèse
Armoiries : archives de l’archidiocèse de Québec
Iconographie : ARC 94
Mandements : Mandements des évêques de Québec… Québec, 1888, v. 2, 509-550. Plusieurs de ses circulaires et mandements furent publiés séparément à son époque, dont : 1798 (victoire de Nelson) ; 1799 (sur la captivité de Pie VI) ; 1805 (sur les provisions de blé) ; 1805 ? (Calendarium festorium).

Bibliographie : on se reportera à la bibliographie compilée par J. Hamelin et M. Paquin, DBC/5, 272, à compléter par :

  • Lambert, J.H. « L’apprivoisement du pouvoir : l’apprentissage épiscopal de Pierre Denaut et de Joseph-Octave Plessis », SCH (1984) 9-17.

AUTRES NOTICES EN LIGNE

  • HAMELIN, Jean et Michel PAQUIN, « DENAUT, Pierre », DBC, vol. V.

PORTRAITS DES ÉVÊQUES ET ARCHEVÊQUES

Photographies des portraits des évêques et archevêques du grand salon de l’Archevêché de Québec sur les originaux conservés au Musée de la civilisation (Collection Archevêché de Québec). Huile sur toile sauf  :

  • Card. VACHON : photographie originale par Kdel (Québec).
  • Card. OUELLET : photographie originale par Studio Guy Raymond (Québec)