Card. Louis-Nazaire BÉGIN

17. Card. Louis-Nazaire Bégin
Dachowski Photography ©AAQ

Card. Louis-Nazaire BÉGIN (1840-1925)
Évêque de Chicoutimi, 1888;
17e évêque et 7e archevêque de Québec, 1898-1925
cardinal, 1914


NOTICE[1]: Jean LeBlanc, Dictionnaire biographique des évêques catholiques du Canada : les diocèses catholiques canadiens des Églises latine et orientales et leurs évêques : repères chronologiques et biographiques 1658-2012Montréal, Wilson & Lafleur, 2e éd., 2012, pp. 238-242.
Avec l’aimable autorisation de la Maison d’édition, 17 mai 2019.


Né le 10 janvier 1840 à St-Joseph de Lévis, dans une modeste famille de cultivateurs comptant 10 enfants, originaire de Normandie, et dont les ancêtres arrivèrent au Canada vers 1655, il fit ses études primaires à l’École modèle de Lévis (1855) et au collège commercial de St-Michel de Bellechasse (1856), puis à partir de 1857 ses études classiques ainsi qu’une première année de théologie au séminaire de Québec (1862-1863), tout en enseignant la classe de Syntaxe au petit séminaire. Il quitta Québec pour Rome le 4 septembre 1863 où, résidant au Séminaire français de la via Santa Chiara, il obtint un doctorat en théologie de la Grégorienne en 1866 (y ayant Franzelin pour professeur), étudia l’Écriture sainte, l’histoire ecclé­siastique et les langues orientales (hébreu, chaldéen, syriaque et arabe), puis se rendit à l’Université catholique d’Innsbruck (1867-1868) pour perfectionner ces matières et apprendre l’allemand. Il avait reçu tous les ordres mineurs et majeurs à Rome, et fut ordonné prêtre le 10 juin 1865 dans la basilique du Latran par le cardinal Patrizi, vicaire de Rome. Comme il avait déjà visité durant ses vacances l’Italie, la Suisse, la Prusse, la Belgique et la France, il profita de ce séjour prolongé en Europe pour voyager durant 5 mois (octobre 1867-février 1868) en Europe de l’Est, Turquie et Liban jusqu’en Palestine et en Égypte, d’où il rapporta une momie encore conservée au musée du séminaire de Québec. Il fut nommé, à son retour en juin 1868, professeur au séminaire de Québec, qui lui donna l’agrégation en 1869, où il occupa successivement (1876-1883) divers postes administratifs (directeur du pensionnat, des élèves, des séminaristes, préfet des études) tout en professant la théologie dogmatique, l’Écriture sainte et l’histoire ecclésiastique jusqu’en 1884. Il donna aussi des cours de culture religieuse à l’Université Laval (1870-1875), et devint en 1875 membre du Conseil du séminaire. Comme toutes ces responsa­bilités avaient affaibli sa santé, il dut prendre plusieurs mois de repos fin 1883-début 1884, puis accompagna en Europe, d’avril à décembre 1884, à titre de secrétaire, le cardinal Taschereau qui désirait obtenir l’érection canonique de l’Université Laval et défendre la division du diocèse de Trois-Rivières (le nom de l’abbé Bégin figurant d’ailleurs sur la terna soumise à cette occasion). Il devint à son retour principal (janvier 1885-octobre 1888) de l’École normale Laval de Québec, établissement qui occupait le Château Haldimand, sur le site du Château Frontenac actuel.

L’épiscopat se recrutait à l’époque surtout parmi les professeurs des institu­tions d’enseignement. Élu le 1er octobre 1888 évêque de Chicoutimi (nomination fortement appuyée par le cardinal Taschereau, archevêque de Québec), il fut sacré dans la basilique de Québec le 28 octobre par ce dernier, assisté de Mgr Laflèche, évêque de Trois-Rivières, et de Mgr Langevin, évêque de Rimouski. Son élection l’avait surpris, car il n’affectionnait pas particulièrement les fonctions administratives et les démêlés politico-religieux, sa nature l’inclinant plutôt vers une vie de retraite studieuse. Il arriva à Chicoutimi (diocèse comptant quelque 70,000 fidèles) le 7 novembre 1888, et sut vite se faire accepter, malgré le fait que durant la vacance du siège plusieurs pétitions avaient demandé la nomination d’un prêtre du diocèse ; les professeurs du séminaire, en particulier, fort ultramontains et conservateurs, craignaient l’élection d’un évêque de tendance libérale. Très actif, il releva le niveau des études au séminaire et au grand séminaire en envoyant plusieurs prêtres étudier en Europe, fonda 7 paroisses, construisit un nouvel évêché, agrandit le séminaire et termina la construction de la cathédrale. Il érigea l’Institut des Petites Franciscaines de Marie en congrégation diocésaine, et prépara la venue des Trappistes à Mistassini. Soucieux de contacts avec son clergé et ses fidèles, il enseigna quelques années au séminaire et fut même durant un certain temps chapelain de l’Hôtel-Dieu de Chicoutimi.

Le Saint-Siège le promut, le 18 décembre 1891, archevêque titulaire de Cyrene et, le 22, coadjuteur de Québec (décret de la Propagande du 23 novembre). Il quitta Chicoutimi le 14 mai 1892. Coadjuteur cum futura successione depuis le 22 mars 1892 (décret de la Propagande en date du 5 mars), il fut administrateur apos­tolique sede vacante de Chicoutimi du 20 janvier au 28 mai 1892, et devint administrateur de l’archidiocèse de Québec le 3 septembre 1894, et le 7e archevêque et 17e évêque de Québec le 12 avril 1898. Léon XIII lui accorda le titre d’assistant au trône pontifical le 22 avril, et lui conféra le pallium le 22 janvier 1899.

Créé cardinal par Pie X au consistoire secret du 25 mai 1914 (la nomination avait été annoncée le 27 avril), il reçut le chapeau au consistoire public du 28 mai (en même temps que le futur Benoît XV), et le titre presbytéral des SS. Vitale, Valeria[2], Gervasio et Protasio au consistoire secret du même jour, et prit possession de son église titulaire le 4 juin suivant. Le pape le nomma aussi membre des S.C. des Religieux et de la Propagande. Certains ont attribué son chapeau à des facteurs politiques. Le juge en chef de la Cour suprême du Canada, Sir Charles Fitzpatrick, dans l’espoir d’amadouer les Canadiens français lors de la querelle des écoles bilingues en Ontario et ainsi favoriser son projet de règlement, aurait proposé en 1913 au Saint-Siège, par l’intermédiaire des ducs de Connaught et de Norfolk et de George V, de lui donner la pourpre afin de tempérer les extrémistes et apaiser les agitations immodérées. Il arriva malheureusement trop tard pour participer aux conclaves de 1914 et 1922 (année de sa 33e et dernière traversée océanique). Frappé de paralysie le 12 juin 1925, il mourut à Québec le 18 juillet et fut inhumé le 25 dans la crypte de la basilique. Le diocèse comptait à sa mort quelque 450,000 fidèles répartis en 280 paroisses, et affichait 4 collèges classiques, 34 communautés féminines et 20 masculines, et 250 couvents, orphelinats, hôpitaux et autres institutions. Il avait sacré dix évêques.[3]

Grand et d’allure aristocratique, l’air ascétique,[4] il fut un prêtre d’une grande piété, très ultramontain, causeur abondant et disert, utilisant une langue très châtiée, mais sans véritable éloquence. Brillant (il avait reçu le premier Prix du Prince de Galles à l’occasion de son B.A. en juin 1862), polyglotte, d’une mémoire prodi­gieuse, savant et cultivé (il fut l’un des fondateurs de la Société royale du Canada en 1882, dont il présida la Section I – littérature française, histoire et archéologie en 1908, et avait rédigé une Histoire de l’Église demeurée inédite), il jouissait d’une réputation de fermeté, de justice et de sagesse qui en fit l’arbitre apprécié de plusieurs conflits. Grand travailleur, écrivain clair mais auteur peu original, d’une bonhommie proverbiale, très sociable contrairement à son prédécesseur, il avait une régularité de vie monacale. Il fut un conseiller privilégié du cardinal Taschereau, qu’il appuya lors de ses conflits avec NN.SS. Bourget et Laflèche. Préoccupé des questions sociales et éducationnelles, bon administrateur, il établit quelque 70 paroisses durant son épiscopat, rétablit le chapitre, fut particulièrement fidèle aux visites pastorales, et accepta un grand nombre de communautés religieuses. Il participa aussi activement en 1921 à la fondation de la Société des prêtres des Missions étrangères de Pont-Viau.

À l’origine, par sa lettre pastorale du 31 mars 1907, de l’Action sociale catholique (visant le regroupement des œuvres catholiques existantes et la création de nouvelles) et de l’Œuvre de la presse catholique, co-fondateur du journal L’Action sociale qui deviendra L’Action catholique (il fut, selon Jean de Bonville, « le premier prélat à proposer une véritable stratégie à l’égard de la presse »), il estimait que l’Église devait intervenir plus directement dans l’action sociale, mais par une action plus positive que coercitive, pour éviter que les fidèles ne se retrouvent sous l’étendard de mouvements teintés de laïcisme et de neutralité. Il voyait par ailleurs dans l’école obligatoire un socialisme d’État. Il encouragea de nombreuses œuvres sociales (secours mutuel, immigration catholique, St-Vincent de Paul, patronages, ligues anti-alcooliques, sociétés patriotiques et de colonisation, associations ouvrières, AJCF), soutint le syndicalisme catholique, et centralisa les œuvres diocésaines. Ses années d’épiscopat furent ainsi marquées par une vitalité remar­quable de la vie religieuse et un développement important des œuvres sociales à la suite de l’industrialisation et de l’urbanisation dont il était très conscient et auxquelles il voulut faire face non seulement par une transposition de la cité catholique du contexte rural au contexte urbain mais aussi par un engagement résolu en particulier dans le domaine syndical, espérant favoriser cet équilibre toujours nécessaire entre la marche de l’industrie et la production agricole.

Fervent défenseur de la langue et de la culture françaises, craignant que l’extinction des droits des francophones à l’extérieur du Québec ne mine dans le long terme les bases de l’Église québécoise, il participa activement à la lutte menée en 1890 par l’épiscopat du Québec dans le dossier des écoles du Manitoba, de l’Ontario (Règlement XVII) et des Territoires du Nord-Ouest.

Il était intervenu à maintes reprises auprès du délégué apostolique, Mgr Stagni, pour qu’il incite la hiérarchie ontarienne à obtenir du gouvernement des conces­sions sur les écoles bilingues, critiqua l’épiscopat ontarien sur son silence, désa­voua l’inspection des écoles catholiques par des protestants, et mit en garde contre les intrigues romaines du cardinal Sbarretti en faveur des Irlandais. Il demanda de nouveau l’intervention de Rome parce qu’il ne croyait pas à la possibilité d’une action unifiée de l’épiscopat canadien et qu’il avait été déçu de la lettre apostolique Commisso Divinitus (1916), évoqua encore en 1917 l’éventualité d’un schisme, et rejeta l’acceptation et l’application du Règlement XVII, les Canadiens français ayant pour lui le droit d’utiliser leur langue dans leurs écoles. Il avait signé, avec NN.SS. Laflèche, Labrecque, Blais et Gravel, la lettre pastorale du 22 novembre 1896 condamnant le compromis Laurier-Greenway, qu’il jugeait honteux et immoral, et c’est sans doute l’attitude de Laurier[5] dans cette affaire qui contribua à le rap­procher éventuellement des positions du parti conservateur. Il s’inquiéta aussi des manoeuvres de certains évêques irlandais visant à faire nommer aux sièges épiscopaux de l’Ontario et des Prairies des candidats anglophones pour succéder aux évêques francophones, et demanda à Rome d’établir comme règle de nommer des curés de même langue que les paroissiens et des évêques francophones dans les diocèses à majorité francophone. Il s’intéressa aussi au sort des Acadiens, traités selon lui de parias, d’étrangers sur leurs propres terres et de moins que rien. Mais il croyait par ailleurs, si les Canadiens français devaient émigrer, qu’ils devaient préférer les États-Unis à l’Ouest canadien ou au Nord ontarien, parce qu’ils y étaient plus susceptibles d’acquérir un capital leur permettant de revenir et d’acquérir des terres au Québec. C’est sous son administration qu’eut lieu à Québec en juin 1909 le premier concile plénier du Canada présidé par le délégué apostolique, Mgr Sbarretti. Il rétablit aussi le chapitre métropolitain de Québec le 10 juin 1915.

Devise : IN SPIRITU LENITATIS
Armoiries[6] : ARC 101 ; HCC 276
Iconographie[7]:ARC 101 ; DER 8

Œuvres[8]:            

  • La primauté et l’infaillibilité des Souverains Pontifes. Québec, 1873.
  • La Sainte Écriture et la règle de foi. Québec, 1874 (aussi publié à Londres en 1875 en anglais).
  • Éloge de saint Thomas d’Aquin. Québec, 1875.
  • Le culte catholique. Québec, 1875.
  • Aide-mémoire historique ; chronologie de l’histoire du Canada. Québec, 1886.
  • Aide-mémoire historique : chronologie de l’histoire des États-Unis. Québec, 1895.
  • Catéchisme de controverse. Québec, 1902-1903. 3 v.
  • Relations de l’Église et de l’État. Ottawa, 1915.

Mandements[9]:

  • Discipline du diocèse de Québec… 2e éd. Québec, 1895.
  • Lettres pastorales, mandements, circulaires et autres documents publiés dans le diocèse de Chicoutimi. 2e série, Monseigneur L.-N. Bégin, deuxième évêque de Chicoutimi. Chicoutimi, 1888-1892 ; v. 10-12 des : Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Québec. Québec, 1898-1919.

Bibliographie : on se référera à la bibliographie de R. Perin, DBC/15, 84. À noter :

  • Drolet, J.-C. « Un affrontement libéral-ultramontain au diocèse de Chicoutimi en 1888 », Saguenayensia (1971) 74-76.
  • Héroux, S. Les relations entre l’Église et l’État d’après le cardinal Louis-Nazaire Bégin (1840-1925). Thèse de doctorat, Université Saint-Paul, Ottawa, 1981.

[1] La notice biographique est légèrement différente dans le Dictionnaire biographique des cardinaux de la première moitié du XXe siècle (1903-1958). Cependant, certains passages du DBECC y sont manquant.

[2] Le mot «Valeria» est absent dans le DBECC et a été ajouté dans le Dictionnaire biographique des cardinaux de la première moitié du XXe siècle (1903-1958).

[3] Phrase absente dans le DBECC, ajoutée dans le Dictionnaire biographique des cardinaux de la première moitié du XXe siècle (1903-1958).

[4] Le Dictionnaire biographique des cardinaux de la première moitié du XXe siècle (1903-1958) ajoute ici : « d’une bonhomie proverbiale, très sociable contrairement à son prédécesseur, il avait une régularité de vie monacale, et a laissé un testament spirituel; »

[5] Le Dictionnaire biographique des cardinaux ajoute : « …l’attitude du premier ministre libéral de l’époque (Laurier)… ».

[6] Le Dictionnaire biographique des cardinaux ajoute : «AVA»

[7] Le Dictionnaire biographique des cardinaux ajoute : «AVA; MCH/image gallery»

[8] Le Dictionnaire biographique des cardinaux ajoute : Les conditions religieuses de la société canadienne… Québec, 1920.

[9] Le Dictionnaire biographique des cardinaux ajoute : Synodus diocesana… Québec, 1923.


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Photographies des portraits des évêques et archevêques du grand salon de l’Archevêché de Québec sur les originaux conservés au Musée de la civilisation (Collection Archevêché de Québec). Huile sur toile sauf  :

  • Card. VACHON : photographie originale par Kdel (Québec).
  • Card. OUELLET : photographie originale par Studio Guy Raymond (Québec)