Card. Maurice ROY

21. Card. Maurice Roy
Dachowski Photography ©AAQ

Card. Maurice ROY (1905-1985)
Évêque de Trois-Rivières, 1946
21e évêque et 11e archevêque de Québec, 1947-1981
Primat du Canada, 1956
Cardinal, 1965


NOTICE: Jean LeBlanc, Dictionnaire biographique des évêques catholiques du Canada : les diocèses catholiques canadiens des Églises latine et orientales et leurs évêques : repères chronologiques et biographiques 1658-2012, Montréal, Wilson & Lafleur, 2e éd., 2012, pp. 1014-1017.
Avec l’aimable autorisation de la Maison d’édition, 17 mai 2019.


Né le 25 janvier 1905 en la paroisse Notre-Dame de Québec, d’un père qui fut doyen de la Faculté de droit de l’Université Laval et juge de la Cour des Magistrats, et d’une mère qui descendait du poète Napoléon Legendre, dans une famille de trois enfants, il fit ses études primaires à la maison, ses études classiques au séminaire de Québec (1915-1923), où il obtint en 1923 le Prix du Prince de Galles en philosophie, et sa théologie au grand séminaire de la même ville, où il obtint un doc­torat en théologie de l’Université Laval en 1927. Ordonné prêtre dans la basilique de Québec le 12 juin 1927 par Mgr Brunault, évêque de Nicolet, il fut envoyé aux études à Rome, où il obtint en 1929 un doctorat en philosophie de l’Angélique (Université pontificale St-Thomas d’Aquin), puis passa une année à l’Institut catholique de Paris et à la Sorbonne (1929-1930) pour étudier les lettres et la philosophie ; il fit lors de ce séjour du ministère dans la banlieue rouge de Paris. De retour à Québec, il fut nommé professeur de théologie dogmatique et sacramentaire et d’apologétique au grand séminaire (1930-1939), tout en assumant le secrétariat de la Faculté de philosophie (1930-1934) et l’aumônerie des étudiants de l’Université Laval (1935-1937). Il devint en 1939 aumônier (avec le grade de capitaine) du Royal 22e Régiment avec lequel il partit outre-mer, servant en Grande-Bretagne (1939-1943), Italie, France, Belgique, Hollande et Allemagne. Il gravit en même temps les échelons de la hiérarchie militaire : major comme aumônier de groupe en mai 1941, lieutenant-colonel comme aumônier du 1er Corps d’armée en août 1941, colonel en 1945 comme aumônier en chef de la 1re Armée canadienne. De retour à Québec en mai 1945, il reprit son enseignement au grand séminaire, dont il devint le supérieur en décembre.

Élu le 22 février 1946 5e évêque de Trois-Rivières, il prit possession de son siège le 30 avril, et fut sacré le 1er mai dans sa cathédrale par le cardinal Villeneuve, archevêque de Québec, assisté de Mgr Lafortune, évêque de Nicolet, et de Mgr Douville, évêque de St-Hyacinthe. Il devint le 8 juin 1946 aumônier général et ordinaire des armées canadiennes, titre qu’il conserva lors de sa promotion au siège archiépis­copal de Québec (dont il devint le 21e évêque et le 11e archevêque) le 2 juin 1947 (les bulles étant expédiées le 1er juillet), prenant possession de son siège le 24 juillet. Ce bref passage à Trois-Rivières ne fut pas sans laisser un sentiment d’amertume dans le diocèse. Il devint vicaire militaire le 17 février 1951, parcourut les champs de bataille de Corée, et n’abandonna cette fonction que le 12 mars 1982. Il fut nommé primat du Canada le 24 janvier 1956. Promu au cardinalat par Paul VI lors du consistoire secret du 22 février 1965 (après l’annonce faite le 27 janvier), au titre presbytéral de Nostra Signora del Ss.mo Sacramento e Santi Martiri Canadesi, il reçut le chapeau rouge au consistoire public du 25 février.

Il participa aux quatre sessions de Vatican II, et on retrouve dans ses archives des commentaires assez élaborés sur les premiers schémas. Il y joua un rôle actif mais plutôt effacé, cherchant constamment l’équilibre entre tradition et innovation ; G. Routhier a montré que si ses positions concordaient essentiellement avec celles du cardinal Léger (par exemple sur la morale conjugale), le style en revanche différait considérablement, le cardinal Roy intervenant peu en public, gardant un profil bas, préférant favoriser le débat et agir en coulisse par personnes interposées pour favoriser un renouveau théologique dans la perspective du thomisme classique. Il avait, dans sa réponse au questionnaire romain de l’été 1959, après avoir lui-même consulté ses diocésains (dont il prendra encore l’avis en 1962, clergé en février, laïcat en mars), soulevé la question du diaconat permanent, insisté sur la mission de présence de l’Église dans le monde et sur le dialogue avec ce dernier, sur l’adaptation du langage et du style de l’Église aux temps présents, sur la proclamation de la dignité de la personne humaine en termes de bien-être temporel, de liberté, de justice et de tolérance religieuse, et favorisé la concélébration. Membre en juin 1960 de la Commission théologique préparatoire, consulteur en mars 1962 de la Commission sur le laïcat, membre en octobre de la même année de la Commission théologique conciliaire et en novembre de la Commission mixte Commission théologique/Secrétariat pour l’unité, il fit aussi partie en mai 1963 de la Commis­sion mixte chargée de revoir le texte sur l’Église dans le monde. Il était conscient de l’urgence de promouvoir le laïcat et choisit un non-ecclésiastique comme peritus lors de la 3e session ; il avait prononcé à ce sujet des allocutions importantes, insistant sur sa vocation de faire passer dans les faits sociaux, politiques et économiques les exigences de la doctrine chrétienne. Outre quatre interventions écrites, il ne fit que quatre interventions en aula, dont une (22 octobre 1964) sur l’Église dans le monde, et une autre (16 octobre 1965) sur la nécessité de faire ressortir davantage le caractère diversifié des formes modernes de l’apostolat sacerdotal, le cadre paroissial étant souvent dépassé. Il œuvra, surtout dans la période du Jubilé post-conciliaire (janvier-mai 1966), à l’appropriation des textes conciliaires par son diocèse, et avait porté une attention spéciale à la réforme liturgique (il avait été l’un des rares évêques canadiens à commenter le premier schéma), publiant quelque 15 documents à ce sujet, sans toute peu originaux, entre janvier 1964 et février 1966.

Démissionnaire le 20 mars 1981 (démission officiellement annoncée le 4 avril), il quitta ses fonctions le 7 mai, se retira à l’Hôpital-Général, tomba gravement malade en décembre 1983, fut à plusieurs reprises hospitalisé à l’Hôtel-Dieu, et mourut dans son sommeil le 24 octobre 1985 à l’Hôpital-Général de Québec. Ses obsèques furent célébrées le 28 par le cardinal Vachon, archevêque de Québec, dans la basilique-cathédrale de Québec, et il fut inhumé dans la crypte de la cathédrale qu’il avait décidé de reconstruire en 1959 pour y réunir les restes mortels des évêques et archevêques de Québec depuis Mgr de Laval.

« Grand sans jamais faire sentir le poids de sa grandeur ; modeste sans abdiquer la dignité de son titre », ainsi que le qualifia Mgr Fortier dans son éloge funèbre, il fut un homme de grande distinction et culture, d’écoute et de dialogue. D’une mémoire phénoménale, de santé plutôt fragile, laconique et à vrai dire loin d’être éloquent, simple, réservé, discret et même effacé, se livrant peu au point de paraître impassible, ne suscitant ni enthousiasme délirant ni contestation radicale, il déléguait volontiers son autorité et donnait à ses collaborateurs une large marge de manœuvre car il leur faisait confiance pour apprécier leurs propres limites. Pondéré de tempérament, prudent, d’un optimisme tranquille mais loin d’être naïf, refusant comme on l’a écrit de tout prendre au tragique tout en prenant tout au sérieux, ouvert au monde selon les uns, mais sans s’y précipiter, trop bénin et permissif selon les autres, il mûrissait lentement ses décisions au point de se faire accuser de lenteur, d’attentisme et d’inertie (lui-même disait qu’« on ne règle pas un problème grave à la porte de l’ascenseur »). Il n’était pas l’homme des coups de crosse ni des grands élans mystiques. L’éditorialiste de La Presse parlait à son sujet de « douce efficacité ». Il préférait a-t-on dit se taire plutôt que dire un mot de trop, et ne pas faire un pas plutôt que d’être obligé de reculer. Il fut davantage, comme l’a écrit le p. Bernard Lambert, o.p., un arbitre qu’un leader, un facilitateur de transition plus qu’un bâtisseur d’avenir, et un animateur et un inspirateur plutôt qu’un homme de pouvoir.

G. Routhier le qualifie d’« homme clé de l’épiscopat canadien des années d’après-concile », durant lesquelles il jouera un rôle important, surtout après la démission du cardinal Léger. On a souvent souligné la sérénité et l’esprit de conciliation avec lesquels il vécut la Révolution tranquille et le passage du Québec à ce qu’on a appelé la post-chrétienté. Désirant que l’Église participe à la définition de la nouvelle citoyenneté québécoise et maintienne une présence institutionnelle au cœur de la cité, il défendit avec fermeté mais aussi avec respect du gouvernement les positions de l’Église, par exemple en matière de confessionnalité scolaire contre le laïcisme sectaire du Mouvement laïc de langue française (maintien de services religieux et pastoraux et dégagement des aspects administratifs) et de propriétés (modalités de compensation acceptables). Il permit ainsi à celle-ci de négocier ce tournant sans fracas, disputes idéologiques, querelles émotionnelles ou heurts dramatiques et sans crise politico-religieuse avec l’État. Il ne nia jamais à ce dernier le droit de procéder à cette transformation radicale des structures de l’éducation, de la santé et des services sociaux représentant un transfert fondamental des pouvoirs dans la société. Il a ainsi présidé à un nouveau type de relations entre l’État et l’Église, exemptes d’esprit de croisade et de guerre de religion, où cette dernière accepte le pluralisme, accompagne et facilité le changement au lieu de le bouder, comme écrivait Claude Ryan, ne revendique plus de statut particulier, mais prend sa place parmi les groupes sociaux cherchant la reconnaissance de leurs droits et défendant leurs intérêts. Son attitude était due au sens de la relativité des choses qu’il tirait d’une considération de l’histoire dans une perspective à très long terme. Il s’efforça durant son épiscopat de mieux adapter les structures de l’Église de Québec à l’évolution de la société, de fonder la pastorale sur des bases sociologiques solides, de promouvoir la co-responsabilité du laïcat et l’éducation de la foi des chrétiens.

Il fut à l’origine de la mission du diocèse au Paraguay, y supportant les œuvres hospitalières, scolaires et coopératives, et institua la Grande Mission des années 1963-1970. Il se montra aussi, l’un des premiers, préoccupé par la question des ministères des femmes dans l’Église. Très tôt conscient des problèmes sociaux, il appuya le mouvement de réforme de l’entreprise préconisée par la Commission sacerdotale d’études sociales afin d’élargir les droits des ouvriers au sein des entreprises capitalistes, servit de médiateur lors de la grève de l’amiante de 1949, et approuva les quêtes faites dans les églises en faveur des grévistes. Il joua égale­ment un rôle modérateur dans le dossier des Insolences du Frère Untel, manifestant ainsi son souci de la liberté d’expression dans l’Église. À titre de cardinal, il par­ticipa à presque tous les synodes jusqu’en 1975 ainsi qu’aux deux conclaves de 1978, fut membre des S.C. du Concile et des Séminaires et universités, de 1967 à 1977 président du Conseil des laïcs et de la Commission pontificale pour la Justice et la paix, y œuvrant largement, avec Paul VI, au renouveau de la pensée sociale par un nécessaire dialogue avec le monde, en novembre 1971 membre du secrétariat général permanent du Synode des évêques, et membre de la Commission de révi­sion du code de droit canonique. Il fut aussi président de l’AÉQ et de la CÉCC (le 5e, 1955-1956). Il reçut plusieurs distinctions honorifiques : Order of the British Empire en 1945, Chevalier de la Légion d’Honneur en 1947, Commandeur de l’Ordre de Léopold en 1948, Commandeur de l’Ordre d’Orange-Nassau en 1949, Commandeur de l’Ordre équestre du St-Sépulcre de Jérusalem et Grand prieur de la lieutenance de Québec en 1955, docteur honoris causa de l’Université de Toronto en 1958, Chevalier Grand-Croix de Grâce magistrale de l’Ordre souverain militaire et hospitalier de Malte en 1959, Compagnon de l’Ordre du Canada en 1971.

Devise : IN NOMINE JESU
Armoiries : AR2 26 ; HCC 404
Iconographie : AR2 26

Mandements :  

  • Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Trois-Rivières. v. 14, p. 311-423. Trois-Rivières, 1947.
  • Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Québec. v. 17-19, Québec, 1955-1974.

Œuvres :

  • Parish and democracy in French Canada. Toronto, 1950.
  • Two addresses on Canada: delivered before the Empire Club of Canada, January, 1965. Toronto, 1965.
  • Construire la paix : lettre à Paul VI et réflexions à l’occasion du dixième anniversaire de l’encyclique Pacem in terris, 11 avril 1963-11 avril 1973 avec une déclaration de Paul VI. Paris, 1973.

Bibliographie :  

  • La responsabilité politique des chrétiens : lettre apostolique (de Paul VI) à M. le cardinal Maurice Roy à l’occasion du 80e anniversaire de « Rerum novarum » (14 mai 1971). Paris, 1971.
  • Lévy, P.M.G. Une paix pour notre temps : réflexion sur un texte du cardinal Roy. Gembloux, 1975.
  • Routhier, G. « Famille, mariage et procréation. Le combat de deux cardinaux canadiens », Cristianesimo nella storia (2002) 367-428.
  • Routhier, G., dir. Paul VI et Maurice Roy : un itinéraire pour la justice et la paix. Brescia, 2005 (Journées d’Étude, Québec, 1er-3 avril 2004)

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PORTRAITS DES ÉVÊQUES ET ARCHEVÊQUES

Photographies des portraits des évêques et archevêques du grand salon de l’Archevêché de Québec sur les originaux conservés au Musée de la civilisation (Collection Archevêché de Québec). Huile sur toile sauf  :

  • Card. VACHON : photographie originale par Kdel (Québec).
  • Card. OUELLET : photographie originale par Studio Guy Raymond (Québec)