Mgr Henri-Marie DUBREIL DE PONTBRIAND

06. Mgr Henri-Marie Dubreil de Pontbriand
Dachowski Photography ©AAQ

Mgr DUBREIL DE PONTBRIAND (1708-1760)
6e évêque de Québec, 1741-1760


NOTICE: Jean LeBlanc, Dictionnaire biographique des évêques catholiques du Canada : les diocèses catholiques canadiens des Églises latine et orientales et leurs évêques : repères chronologiques et biographiques 1658-2012Montréal, Wilson & Lafleur, 2e éd., 2012, pp. 462-464.
Avec l’aimable autorisation de la Maison d’édition, 17 mai 2019.


Né en janvier 1708 au château de Pleurtuit près de Saint-Malo en Bretagne, dans une famille comtale de 9 enfants, d’un père capitaine des garde-côtes de l’évêché de St-Malo et d’une mère d’une grande réputation de sainteté, il fit ses études classiques chez les Jésuites du collège de La Flèche et sa théologie au séminaire de St-Sulpice à Paris. Il fut ordonné prêtre en février 1731, obtint son doctorat en théologie de la Sorbonne et retourna à St-Malo comme aumônier d’un hôpital, pour devenir vicaire général du diocèse le 18 septembre 1736, avec mission d’y combattre vigoureusement le jansénisme.

Nommé par le roi le 30 novembre 1740 (et informé le 19 décembre) et confirmé par le Saint-Siège le 6 mars 1741 comme 6e évêque de Québec (avec aussi l’appui des Sulpiciens de Paris), il fut sacré le 9 avril à l’archevêché de Paris par Mgr de Vivet de Montclus, évêque de St-Brieuc[1], assisté de Mgr de Chabannes, évêque d’Agen, et de Mgr La Taste, évêque titulaire de Bethléem et supérieur des Carmélites de St-Denis. Il prêta serment au roi le 17 entre les mains du cardinal-prince de Rohan. Il arriva à Québec le 29 août 1741 et prit possession de son siège le lendemain. Il se retira le 1er juillet 1759 à Charlesbourg durant le siège de Québec par les Anglais, fut présent sur le champ de bataille pour y exercer son ministère puis, suivant le gouverneur Vaudreuil, se rendit fin septembre à Montréal, où il logea chez les Sulpiciens. Il publia le 28 octobre un mandement sur les événements, y voyant un châtiment de la Providence, illustration d’une idéologie rigoriste faisant de Dieu un justicier interventionniste. Il mourut le 8 juin 1760, fortement affligé autant par la situation politique de la colonie que par la décadence des moeurs illustrée par les désordres de l’intendant Bigot. Il fut inhumé dans l’église paroissiale Notre-Dame de Ville-Marie le 10 juin ; un service plus solennel y eut lieu le 25, l’oraison funèbre étant délivrée par l’abbé Louis Jolivet, P.S.S., docteur de la Sorbonne et curé de la paroisse. Ses restes reposent maintenant dans la crypte du grand sémi­naire de Montréal.

De caractère plutôt brusque, prêchant et chantant mal, il appartenait à l’aristocratie, et l’on peut s’étonner de ce que Peter Kalm, naturaliste finlandais (mais aussi ministre luthérien) le qualifie lors de sa visite en 1749 de « grossier paysan sans savoir vivre » ! Il fut un évêque actif bien que manquant parfois d’esprit de décision, cherchant à réformer les abus découlant du peu de présence de plusieurs de ses prédécesseurs, érigeant une vingtaine de paroisses, établissant les retraites et les conférences ecclésiastiques, et reconstruisant l’évêché et la cathédrale. Il contribua à réduire la disette de 1743, supprima en 1744 17 fêtes chômées pour les renvoyer au dimanche, participa à la reconstruction de deux établissements incendiés : l’Hôtel-Dieu de Québec et la maison des Ursulines des Trois-Rivières, et approuva en 1755 la fondation de Mère d’Youville à Montréal. Il avait entrepris en 1742 une visite pastorale de son diocèse (paroisses et communautés religieuses de Québec jusqu’à Montréal) qu’il continua à partir de 1749 jusqu’aux frontières américaines. Il s’intéressa aussi aux régions les plus lointaines (Nouvelle-Orléans, Mississipi, Illinois, Saguenay, Acadie, îles Royale et St-Jean), et fit preuve d’un grand courage lors de la peste de 1757.

Ses relations tant avec son chapitre qu’avec les Jésuites et le séminaire ne furent pas toujours des plus harmonieuses et, dans un contexte gallican, il se vit par exemple reprocher par Versailles d’avoir outrepassé sa juridiction en permettant aux Hospitalières de Québec d’avoir reçu quatre novices avec dot au rabais sans la permission du roi. Il était aussi chicanier sur les préséances, comme le prouvent ses litiges avec le gouverneur Callières et les Récollets au sujet de l’emplacement d’une prie-Dieu dans une église. Jugeant la Conquête permanente, il s’attacha à préserver les intérêts de l’Église et prêcha la fidélité et la soumission au nouveau pouvoir, exigeant que les curés s’en tiennent à leur seul rôle spirituel, permettant aux protestants d’utiliser la chapelle des Ursulines, les laissant enterrer leurs morts dans un cimetière catholique, et défendant qu’on parle de religion à leurs malades. Il était aussi loin d’être agriculturiste, soulignant l’importance du rôle des villes dans la société. Il avait au cours de son épiscopat ordonné 97 prêtres, et le diocèse comptait à sa mort 163 curés dont 51 nés au Canada, ce qui correspondait à 500 fidèles par prêtre. Il fut le dernier évêque du Régime français, et connut les pires années de la colonie ainsi que la quasi-destruction de sa ville épiscopale. On dit qu’il ne se préoccupa jamais de correspondre avec la Propagande.

Selon l’historien Marcel Trudel, il aurait eu un esclave, comme beaucoup de notables de son époque, dans son cas un Amérindien d’une nation du bassin du Missouri, les Panis.

Devise : PARCERE SUBJECTIS ET DEBELLARE SUPERBOS
Armoiries : ARC 89 (ce sont les mêmes que celles de sa famille ; voir : Massicotte, E.-Z. Armorial du Canada français, 1re série, Montréal, 1915, 27).
Iconographie : ARC 89
Mandements : Mandements des évêques de Québec… v. 2, Québec, 1888, 9-184.

Bibliographie :   on se reportera à la bibliographie compilée par J.-G. Lavallée, DBC/3, 213, à compléter par :

  • Lamontagne, R. « Le ministère de la Marine dans ses rapports avec Mgr de Pontbriand », RHA (1965-66) 53-55.
  • Gagnon, J. « Notes sur le mandement de Mgr de Pontbriand du 28 octobre 1759 », Cahiers de bibliologie (1980) 25-28.

[1] Selon CHA et DHG/18, 273-274, toutes les autres sources donnant comme consécrateur principal Mgr de Vintimille du Luc, archevêque de Paris.


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Photographies des portraits des évêques et archevêques du grand salon de l’Archevêché de Québec sur les originaux conservés au Musée de la civilisation (Collection Archevêché de Québec). Huile sur toile sauf  :

  • Card. VACHON : photographie originale par Kdel (Québec).
  • Card. OUELLET : photographie originale par Studio Guy Raymond (Québec)