9. Mgr Jean-François HUBERT

09. Mgr Jean-François Hubert
Dachowski Photography ©AAQ

Mgr HUBERT (1739-1797)
Coadjuteur, 1785
9e évêque de Québec, 1788-1797


NOTICE: Jean LeBlanc, Dictionnaire biographique des évêques catholiques du Canada : les diocèses catholiques canadiens des Églises latine et orientales et leurs évêques : repères chronologiques et biographiques 1658-2012Montréal, Wilson & Lafleur, 2e éd., 2012, pp. 605-608.
Avec l’aimable autorisation de la Maison d’édition, 17 mai 2019.


Né le 23 février 1739 à Québec, fils d’un boulanger père de 10 enfants, il fit ses études humanités, sa philosophie (1754-1755), et sa théologie au séminaire de Québec (où il servit aussi de secrétaire à Mgr de Pontbriand) et, entre 1759 et 1762, à cause du siège de Québec, au séminaire de St-Sulpice de Montréal. De retour à Québec en 1761, il y termina sa théologie tout en servant de secrétaire au vicaire général Briand, fut économe du séminaire, et y fut agrégé en 1765. Premier prêtre ordonné par Mgr Briand, devenu évêque de Québec, il reçut l’onction sacerdotale le 20 juillet 1766, et fut affecté au séminaire, où il occupa successivement les fonctions de directeur du petit séminaire (1765-1768), membre du Conseil à partir de 1768, directeur du grand séminaire (1768-1770), procureur (1770-1777), encore directeur du petit séminaire (1773-1774), supérieur (et le premier canadien à occuper ce poste, 1774-1778), tout en enseignant la philosophie et la théologie et servant de secrétaire à l’évêque, qu’il accompagnait souvent dans ses visites pas­torales. Démissionnaire en 1778, il visita les missions de l’Illinois et fut nommé à son retour en 1779 vicaire général et curé de la paroisse Ste-Famille de l’Île d’Orléans, et fut envoyé en septembre 1781 aux missions huronnes de la région de Detroit, conservant son titre de vicaire général et desservant les paroisses de l’Assomption et de Ste-Anne. Recommandé comme coadjuteur au Saint-Siège par Mgr Mariauchau d’Esgly le 30 novembre 1784, appuyé en ceci par son prédécesseur, Mgr Briand, et le gouverneur Hamilton, il ne reçut ses bulles qu’à l’été 1786 parce que le gouvernement anglais, influencé semble-t-il par l’ancien gouverneur Haldimand, qui avait deux autres candidats en tête[1], avait d’abord décidé d’offrir le poste au supérieur des Sulpiciens, M. Montgolfier, qui refusa. Il fut ainsi le premier évêque du Régime anglais à être véritablement le choix de la hiérarchie catholique.

Élu le 14 juin 1785 (selon un décret de la Propagande du 30 mai approuvé par le pape le 5 juin) évêque titulaire d’Halmyrus et coadjuteur de Québec, il fut sacré à Québec le 29 novembre 1786 par Mgr Briand, ancien évêque de Québec, assisté de deux prêtres, Henri-François Gravé, vicaire général, et Charles-François Bailly de Messein, missionnaire. Ce fut la première fois qu’on vit trois évêques dans un même lieu sur le territoire du Québec, en comptant Mgr Mariauchau d’Esgly qui ne s’était pas déplacé. Il fut chargé de faire la visite canonique des communautés religieuses de Québec, puis d’aller faire les confirmations dans le district de Montréal. Il devint évêque en titre (le 9e) le 4 juin 1788, et prit possession de son siège le 12. Sa santé donnant des signes de déclin après sa visite pastorale à la Baie des Chaleurs en 1795 (il se rendit jusqu’à Caraquet), il démissionna de son siège le 1er septembre 1797, se retira quelque temps à Château-Richer dont il venait d’être nommé curé, et mourut à l’hôpital général de Québec le 17 octobre. Il fut inhumé dans la cathédrale.

Orateur éloquent, simple « jusqu’à la négligence » selon Mgr Têtu, n’aimant ni hommages ni cérémonies, il menait un train de vie empreint de pauvreté (le séminaire le logeait et le nourrissait gratuitement), et ne fréquentait pas les salons comme son coadjuteur, Mgr Bailly de Messein. Patriote (il fut l’un des premiers à qualifier de nation le peuple dont il avait la charge), il était par ailleurs d’une grande loyauté à la Couronne ; il l’avait prouvé lors du siège de Québec par les Boston­nais, ce qui lui apparaissait important à une époque où la Gazette de Québec de Neilson et la Gazette de Montréal de Fleury Mesplet faisaient l’éloge des événe­ments révolutionnaires en Europe. Il est d’ailleurs intéressant de noter que c’est précisément à cette époque que naît l’idée de l’aspect providentiel de la Conquête de 1760, basée sur l’opposition entre la situation pacifique de l’Angleterre et les troubles révolutionnaires de la France. Lui-même d’ailleurs déplorait la multipli­cation et les licences des gazettes, les progrès qu’avaient fait dans les esprits des fidèles les principes de liberté et de démocratie propagés par les manifestes anglo-américains et l’Acte constitutionnel de 1791 (impiété, irréligion, libertinage, indépendance, anarchie). Disparaît ici le mythe d’une population fervente et de la domination du clergé. Il ne réalisait certainement pas, d’autre part, que par là l’Église se désolidarisait d’avec les luttes populaires pour la liberté et privait le peuple de toute éducation politique.

Il était appelé à diriger un immense diocèse dont les 160,000 habitants étaient extrêmement dispersés en 129 paroisses, avec un clergé de 146 prêtres dont il déplorait le peu de science (« plus rare ici qu’en aucun diocèse au monde ») et très peu de nouvelles ordinations (une quarantaine), ce qui représentait une proportion très élevée de fidèles par prêtre (un pour 1,400 habitants en 1790 au lieu de un pour 500 à la veille du Traité de Paris). Loin d’être suffisant, ce nombre était à peu près le même qu’au moment de la Conquête alors que la population avait à peu près doublé, ce qui laissait en 1790 quelque 75 paroisses sans prêtres, et il n’y avait par exemple en 1793 aucun prêtre entre Montréal et Kingston. Il s’adressa donc au gouverneur dans le but de créer un courant d’émigration ecclésiastique vers le Canada. Comme il y avait en Angleterre des centaines de prêtres émigrés, qu’il fallait supporter financièrement, d’une part, et dont la présence commençait à créer des tensions sociales, d’autre part, il sembla sage pour Londres d’accepter la demande, d’autant plus que le gouvernement y voyait des agents anti-révolutionnaires sus­ceptibles de contrer la propagande républicaine venant des États-Unis. Les intérêts de Sa Majesté coïncidaient ici avec ceux des catholiques du Canada. Il accueillit donc avec joie dans son diocèse les prêtres proscrits par la Révolution. Il en vint 35 entre 1791 et 1796, moins à ce à quoi on s’attendait, plusieurs candidats potentiels espérant encore pouvoir retourner en France, mais cet apport lui permit d’envoyer des missionnaires en Acadie, et de solliciter des prêtres pour la communauté irlandaise de la région. Il se méfiait en revanche des prêtres d’autres nationalités, surtout britanniques, impropres selon lui à cause de la différence de langue et de coutumes à la desserte de paroisses canadiennes et plus accoutumés à raisonner librement sur des sujets de nature politique. Il proposa aussi dès octobre 1789 au Saint-Siège la division de son vaste diocèse et l’érection d’un évêché à Montréal, mais ce projet ne devait aboutir que plus tard. Il établit une caisse ecclésiastique pour aider les prêtres âgés et malades, et faisait consciencieusement chaque année sa visite pastorale. Son approche des questions morales demeura cependant rigoriste, et par exemple dans le domaine du prêt à intérêt il se montra moins souple que ses successeurs ; il déplora aussi souvent la mauvaise conduite des campagnards lors de la célébration des fêtes patronales.

Son épiscopat fut marqué par de bonnes relations avec le gouvernement (mais il fut sans doute le premier évêque québécois à constater, comme en fait foi une lettre à Mgr Carroll de Baltimore, que l’Église n’avait pas besoin de la tutelle du pouvoir civil pour se développer, à preuve l’exemple américain), et une situa­tion intérieure plutôt calme, si ce n’est la controverse publique suscitée par son coadjuteur, Mgr Bailly de Messein, qui s’opposa à lui sur la suppression d’un certain nombre de fêtes chômées (réduites en 1793 d’un seul coup à 9 alors qu’il y en avait plus d’une trentaine), et sur la proposition par Lord Dorchester de création d’une université mixte. Mgr Hubert, pour cacher son opposition à la neutralité de cet établissement – l’éducation étant essentiellement selon lui responsabilité de l’Église – prétendait le juger prématuré, mais y voyait aussi un dessein d’assimilation, et n’aurait soutenu qu’un projet remettant les biens des Jésuites dans le sens de leur destination primitive et plaçant la nouvelle institution sous son contrôle, car il craignait au fond l’ingérence de l’État dans ce domaine. Malheureusement, ses démarches auprès du gouvernement pour consacrer à l’éducation la propriété des biens des Jésuites demeurèrent infructueuses, et il dut renoncer en 1789 à convoquer un synode devant l’opposition de Lord Dorchester. Il avait sacré trois évêques (NN.SS. Bailly, Denaut et O’Donnell), ordonné 53 prêtres, et confirmé, affirme Mgr Têtu, quelque 45,000 fidèles.

Devise : aucune
Armoiries : ARC 92
Iconographie : ARC 92
Mandements : Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Québec. v. 2, 349-502. Québec, 1888 ; plusieurs de ses mandements et circulaires ont aussi été publiés séparément : 1787, aux curés de campagne ; 1788, juridiction des prêtres ; 1789, disette et recensement ; 1790 ?, ordres du Conseil ; 1791, travail les jours de fêtes ; 1793, aux curés ; 1794 ?, révocation de mandements précédents.

Bibliographie : on se référera à bibliographie compilée par G. Chaussé, DBC/4, 404. Voir aussi :

  • Hutt, M.G. « Abbé P.J.L. Desjardins and the scheme for the settlement of French priests in Canada, 1792-1802 », Canadian Historical Review 39 (1958) 93-124.

[1] Il s’agissait d’un Dominicain, le P. Taylor, et d’un Récollet, le P. Kildea, qualifiés par un contem­porain, on ne sait trop pourquoi, de « personnages presque entièrement perdus de caractère ». On savait peu de ces religieux, et même le Bulletin des recherches historiques (VI, 352) n’avait pu répondre aux questions posées à leur sujet. On en connaît maintenant davantage sur le P. Stephan Joseph Taylor (voir ce nom). Quant au P. Kildea, il est possible d’avancer ce qui suit. Appartenant à la province franciscaine d’Ulster, le P. Bonaventure Kildea (on voit aussi Killdea et Kilder) fut nommé professeur de théologie morale au couvent franciscain de Boulay en 1776 et obtint la faculté de confesser et de prêcher en 1778. On se souviendra que la plupart des couvents irlandais avaient été supprimés au début du XVIIe siècle, ce qui obligea l’Ordre à établir des collèges sur le continent. Celui de Boulay, au nord-est de Metz en Lorraine, fut fondé en 1700. Voir :

  • Faulkner, A., éd. Liber Dubliniensis. Chapter documents of the Irish Franciscans, 1719-1875. Killiney, 1978, 140, 145.
  • Mooney, C. Irish Franciscans in France. Dublin, 1964, 54-63, 123.
  • Rapport de l’archiviste de la province de Québec (1929-1930) 132-133.
  • Caron, I. « La nomination des évêques catholiques du Canada sous le Régime anglais », Mémoires de la Société royale du Canada (1932) 12.

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PORTRAITS DES ÉVÊQUES ET ARCHEVÊQUES

Photographies des portraits des évêques et archevêques du grand salon de l’Archevêché de Québec sur les originaux conservés au Musée de la civilisation (Collection Archevêché de Québec). Huile sur toile sauf  :

  • Card. VACHON : photographie originale par Kdel (Québec).
  • Card. OUELLET : photographie originale par Studio Guy Raymond (Québec)