Mgr Charles-François BAILLY DE MESSEIN

(1740-1794)
Évêque coadjuteur de Québec 1788-1794 


NOTICE: Jean LeBlanc, Dictionnaire biographique des évêques catholiques du Canada : les diocèses catholiques canadiens des Églises latine et orientales et leurs évêques : repères chronologiques et biographiques 1658-2012, Montréal, Wilson & Lafleur, 2e éd., 2012, pp. 227-230.
Avec l’aimable autorisation de la Maison d’édition, 17 mai 2019.


Né le 4 novembre 1740 à Varennes, comté de Verchères, fils d’un commerçant aisé appartenant à une famille noble originaire de Lorraine, aîné de 16 enfants, il fut envoyé vers 1755 par ses parents faire ses études classiques au collège Louis-le-Grand de Paris, et revint au Canada en 1762 pour étudier la théologie au séminaire de Québec. Il y fut ordonné prêtre par Mgr Briand, évêque de cette ville, le 10 mai 1767, le 6e prêtre canadien ordonné par ce dernier. Premier missionnaire en Acadie depuis la conquête, de 1767 à 1772 (les autorités civiles n’en avaient pas accepté depuis le décès de l’abbé Maillard en 1762), il exerça les fonctions de grand vicaire de l’évêque de Québec pour tout le territoire de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-St-Jean, de l’Île-Royale et des missions situées au nord de Kamouraska, soit en pratique toutes les Maritimes. Il s’établit d’abord à Aupaque, sur la rivière St-Jean, œuvra auprès des Acadiens et à l’évangélisation des Micmacs, particulièrement dans la région de Memramcook et de Pédicodiac, combattant d’une part l’ivrognerie et de l’autre l’opposition des pasteurs presbytériens, mais dut plus tard rejoindre Halifax, sur ordre des autorités britanniques qui désiraient mieux le surveiller car lui versant une allocation pour ses travaux missionnaires ; il était important à leurs yeux de garder de cette manière la loyauté des tribus indiennes, d’autant plus que ces dernières, tout autant que les officiers et les marchands britanniques, jugeaient la présence d’un membre du clergé indispensable à la bonne marche du commerce. On fermait ainsi les yeux sur la loi de 1758 qui interdisait la présence du clergé catholique dans la colonie. Liberté cependant toute relative ; lui-même se plaignait des sarcasmes des protestants et des entraves à son ministère auprès des Acadiens.

Il revint au séminaire de Québec en 1772 comme professeur et pour assumer, le 6 décembre 1774, l’un des postes de directeur de l’institution ainsi que le pré­ceptorat des enfants du gouverneur (1768-1778), sir Guy Carleton. Il obtint son agrégation au séminaire en 1774, y enseigna en classe de Rhétorique (1774-1775) dans la tradition jésuite des exempla, orientée vers la formation des gens du monde ; il faisait dans ses cours surtout appel aux auteurs de la littérature ancienne comme Cicéron, Virgile, Horace, Tite-Live et Quintilien, mais aussi Martial, Lucain, Juvénal et Pline le Jeune et, nouveauté, aux auteurs français des 17e et 18e siècles (Racine, Corneille, Boileau, Voltaire, Bossuet, Fléchier, Bourdaloue, et même Voiture et Scarron). Il fut nommé membre et secrétaire du Conseil, rédigeant un règlement pour les professeurs. Il fut directeur du petit séminaire de 1774 à 1776. Il devint de septembre 1775 à mars 1776 aumônier d’un bataillon de milice royaliste sta­tionné dans la région de Lévis lors de la guerre de l’invasion américaine ; il y fut blessé d’une balle à l’abdomen et même fait prisonnier. Directeur du grand séminaire en 1776, il y professa la théologie durant une année, et fut nommé en septembre 1777 curé de la Pointe-aux-Trembles de Portneuf, poste qu’il occupa jusqu’en 1794, sauf pour la période de 1778 à 1784 qu’il passa en Angleterre, malgré les objections de Mgr Briand, pour continuer ses fonctions de précepteur auprès des trois fils du gouverneur, devenu Lord Dorchester.

Sur la recommandation de ce dernier, revenu au Canada comme gouverneur (1786-1796), et avec l’appui (réticent) de Mgr Hubert, évêque de Québec, il fut élu évêque titulaire de Capsus et coadjuteur c.f.s. de Québec par Pie VI le 26 septembre 1788 (décret de la Propagande daté du 10 approuvé par le pape le 14). On dit qu’il désirait depuis longtemps l’épiscopat. Il fut sacré le 12 juillet 1789 dans la cathédrale de Québec par Mgr Hubert, assisté de deux prêtres, Henri-François Gravé, vicaire général, et Pierre-Laurent Bédard, missionnaire. Il conserva cependant la responsabilité de la cure de la Pointe-aux-Trembles, et n’exerça jamais de fonctions épiscopales, à l’exception d’une séance de confirmation dans sa paroisse le 28 juillet 1789, ne fut pas associé à la direction du diocèse, mais ne revendiqua pas moins la moitié des dîmes d’une des cures les plus lucratives du diocèse (Saint-Ours), parce que selon lui celles de sa paroisse ne lui permettaient pas de vivre selon son rang. C’est à cette époque qu’on pensa le nommer à Montréal, dans l’hypothèse d’une division du diocèse de Québec avec Montréal comme suffragant. Il mourut à l’Hôpital général de Québec le 20 mai 1794, réconcilié, à la suite des événements narrés ci-dessous, avec Mgr Briand et Mgr Hubert, et fut inhumé le 22 dans l’église de la Pointe-aux-Trembles. Ses restes furent transportés en 1989 dans la crypte de la basilique de Québec. Son testament contenait un legs important (mille livres sterlings) en faveur des missions de l’Acadie.

[…]

Devise : aucune
Armoiries : ARC 93
Iconographie :   ARC 93 ; DER 7

Œuvres:

  • Rhetorica in Seminario Quebecensi data anno 1794. Manuscrit, Archives du séminaire de Québec
  • Copie de la lettre de l’évêque de Capsa coadjuteur de Québec, &c. au président du Comité sur l’éducation. Québec, 1790.

Bibliographie : on se reportera à la bibliographie dressée par C. Galarneau, DBC/4, 48, à com­pléter par:

  • Bernier, M.-A. « La conquête de l’éloquence au Québec. La Rhetorica in Seminario Quebecensi (1774) de Charles-François Bailly de Messein », Voix et images (1997) 582-598.
  • Péloquin, D. « L’enseignement de la rhétorique au Québec au XVIIIe siècle : présentation bibliographique et critique, Canadian Journal of Rhetorical Studies (1998) 124-127.
  • Barabane, S. « Nature et fonction des exempla dans la Rhetorica in Seminario Quebecensi (1774) de Charles-François Bailly de Messein », ibid., (1999) 29-40.

     


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